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Le Trouble Déficitaire de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH)
Introduction
Le TDAH, ou Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, est un trouble du neurodéveloppement. Il concerne le fonctionnement du cerveau et du système nerveux, entraînant une manière de penser et de réagir différente de celle de la majorité de la population. Les personnes concernées naissent avec ce trouble, qui les accompagne tout au long de leur vie.
L’histoire du TDAH
Contrairement à certaines idées reçues, le TDAH n’est ni un phénomène récent, ni le résultat d’une mauvaise éducation, ni une conséquence de l’usage excessif des écrans. Ce trouble est décrit dans la littérature médicale depuis la fin du XIXᵉ siècle, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. On en retrouve notamment des traces dans les travaux de Hoffmann en Allemagne dès 1845, et de Bourneville en France en 1897.
Le terme « TDAH » apparaît officiellement en 1987 dans le DSM-IV. Il s’agit de la traduction française du terme anglais ADHD (Attention Deficit Hyperactivity Disorder). Les différentes formes de TDAH seront précisées quelques années plus tard, en 1994.
1. Généralités sur le TDAH :
1.1 Origine :
Dans environ 70 % des situations, une origine génétique est suspectée. Ainsi, la présence de plusieurs personnes concernées au sein d’une même famille peut s’expliquer par cette transmission héréditaire.
Dans 20 à 30 % des cas, d’autres facteurs peuvent entrer en jeu, tels que la consommation de tabac, d’alcool ou de drogues pendant la grossesse, une naissance prématurée ou un faible poids à la naissance.
Même si l’hypothèse génétique est privilégiée, aucun gène unique responsable du TDAH n’a été identifié à ce jour. Il n’existe donc pas de test génétique permettant de poser le diagnostic. Le TDAH est qualifié de trouble polygénique, car il résulte de l’association de plusieurs anomalies génétiques.
1.2 La prévalence :
En France, on estime que 3,5 à 5,6 % des enfants scolarisés présentent un TDAH, ce qui correspond en moyenne à un ou deux enfants par classe de trente élèves.
Le diagnostic est généralement posé par un spécialiste autour de 9 à 10 ans, même s’il est possible de repérer le trouble dès l’âge de 7 ou 8 ans, voir même plus jeune.
1.3 Les idées reçues autour du TDAH :
- Il est souvent admis que les garçons sont plus touchés que les filles. En réalité, ces dernières sont fréquemment sous-diagnostiquées, car elles s’adaptent plus facilement aux règles sociales, ce qui peut masquer les symptômes.
- Le TDAH est parfois considéré comme un trouble moderne, alors qu’il est décrit depuis plus d’un siècle.
- Certains pensent qu’il s’agit avant tout d’un problème d’éducation ou de responsabilité parentale.
- Enfin, on croit souvent que le TDAH est toujours visible. Pourtant, l’hyperactivité peut être interne et concerner principalement l’activité mentale, rendant le trouble parfois difficile à détecter.
2. Le cerveau et le TDAH :
2.1 Le fonctionnement du cerveau :
Le cerveau communique grâce à des cellules appelées neurones, qui échangent des informations par l’intermédiaire de substances chimiques nommées neurotransmetteurs, comme la dopamine. Ces mécanismes sont indispensables à la réalisation des activités du quotidien, telles que résoudre des problèmes, prendre des décisions, porter un jugement, mémoriser des informations ou encore maîtriser ses impulsions. Ils jouent également un rôle important dans la sensation de bien-être et de plaisir.
Les recherches en imagerie cérébrale ont mis en évidence, chez les personnes présentant un TDAH, certaines particularités au niveau du cerveau. Il peut s’agir d’anomalies structurelles, avec des zones moins développées, ou d’anomalies de connectivité, c’est-à-dire une transmission de l’information entre les neurones trop rapide, trop lente ou déséquilibrée en quantité de neurotransmetteurs.
Ces régions cérébrales, dont la maturation est incomplète, sont impliquées dans les fonctions exécutives et dans la régulation de l’attention. Chez les personnes atteintes de TDAH, certaines zones du cerveau sont donc moins matures et la communication neuronale est perturbée, notamment au niveau de la dopamine, qui peut être libérée en excès ou en quantité insuffisante.
2.2 Les fonctions exécutives et le TDAH :
Les fonctions exécutives sont des compétences cognitives essentielles qui permettent de s’organiser, de planifier et d’adapter son comportement afin d’atteindre un objectif. Les principales sont la mémoire de travail, le contrôle inhibiteur et la flexibilité cognitive.
- La mémoire de travail correspond à la capacité de conserver et de manipuler des informations sur une courte durée. Chez l’adulte, elle est en moyenne d’environ 17 secondes. Chez les personnes présentant un TDAH, cette durée est souvent plus courte, ce qui peut entraîner des difficultés à suivre un raisonnement ou à maintenir une idée. Il est alors nécessaire de répéter fréquemment les consignes.
Exemple : lorsqu’un code est donné par l’interphone, il est utilisé immédiatement pour entrer, sans être mémorisé sur le long terme. - La flexibilité cognitive peut également être altérée. Les personnes avec un TDAH éprouvent parfois des difficultés à interrompre une activité qui les intéresse ou les stimule fortement.
Exemple : demander à un enfant d’arrêter de jouer pour venir manger et ranger ses jouets peut représenter une épreuve particulièrement compliquée. - L’initiation et la régulation des tâches sont souvent problématiques. Commencer une activité, surtout si elle est perçue comme difficile ou peu motivante, peut entraîner de la procrastination. À l’inverse, lorsqu’une tâche est plaisante, il devient difficile de s’en détacher ou de réguler le temps consacré.
- Le contrôle inhibiteur est également impacté. Les personnes concernées peuvent agir ou parler de manière impulsive, sans prendre le temps de réfléchir ou d’écouter l’ensemble des consignes, ce qui peut les placer dans des situations délicates.
- La perception du temps est souvent altérée. Elle dépend fortement de l’intérêt et de la motivation pour la tâche, ce qui rend l’estimation du temps difficile.
- La planification et l’organisation peuvent être déficientes. Les personnes avec un TDAH peuvent commencer plusieurs activités sans les terminer, oublier ce qu’elles faisaient ou perdre leurs affaires, soit à cause de distractions fréquentes, soit en raison d’un flux important de pensées simultanées.
- La régulation émotionnelle est également fragilisée. Les enfants, notamment, peuvent passer rapidement du rire aux pleurs ou de la joie à la colère, donnant l’impression d’un véritable « yoyo émotionnel ».
Le TDAH est avant tout un trouble du fonctionnement de l’attention. La personne peut réaliser une action tout en pensant à autre chose, ou au contraire se concentrer de manière excessive sur une seule activité. On parle alors d’hypofocus, lorsque l’attention est insuffisante, ou d’hyperfocus, lorsque la concentration est si intense que le reste de l’environnement n’est plus perçu.
3. Les signes d’alerte :
Un enfant présentant un TDAH peut rencontrer des difficultés d’attention et de concentration dans de nombreux aspects de sa vie quotidienne : à la maison, à l’école — notamment lors de l’entrée en CP — pendant les sorties ou encore au cours des activités extrascolaires. Ces difficultés ne se limitent pas à un seul contexte, mais apparaissent dans l’ensemble des environnements de l’enfant.
Les personnes concernées peuvent éprouver des problèmes pour rester attentives lors d’un échange ou d’une conversation.
Chez l’enfant, l’inattention se manifeste par différents comportements : un manque d’attention aux détails, une difficulté à se concentrer sur une consigne, en particulier lorsqu’elle est complexe, ou encore des problèmes d’organisation qui rendent difficile l’achèvement des tâches commencées. L’enfant peut facilement être distrait par des éléments extérieurs, sembler souvent dans ses pensées et donner l’impression de ne pas écouter lorsqu’on s’adresse à lui. Il lui arrive également de perdre fréquemment ses affaires.
Certains enfants présentent aussi des comportements d’hyperactivité et d’impulsivité. Ils peuvent avoir du mal à rester immobiles, bouger régulièrement les mains ou les pieds, se lever sans autorisation en classe, courir, grimper ou sauter de manière excessive. Ils ont également tendance à parler beaucoup, à répondre avant la fin des questions ou à interrompre leurs interlocuteurs, ce qui peut compliquer les interactions sociales.
4. Informations sur le TDAH :
4.1 Les différentes formes de TDAH :
Le TDAH se caractérise principalement par des difficultés d’attention, une hyperactivité et une impulsivité plus ou moins marquées. Ces manifestations peuvent s’exprimer de façon différente selon les individus.
On distingue trois formes principales de TDAH, telles que définies par le DSM-5.
4.2 Les critères diagnostiques :
D’après le DSM-5, les comportements liés à l’inattention, à l’hyperactivité et à l’impulsivité doivent être d’une intensité excessive et entraîner un véritable handicap dans la vie quotidienne. Ces manifestations ne correspondent pas au niveau de développement attendu pour l’âge de l’enfant.
Pour que le diagnostic puisse être posé, les symptômes doivent être présents depuis au moins six mois, apparaître dans au minimum deux environnements de vie (par exemple à la maison et à l’école) et avoir un impact négatif significatif sur le fonctionnement familial, social et scolaire.
4.3 La sévérité du TDAH :
L’intensité du trouble peut varier d’une personne à l’autre. Le TDAH peut ainsi être qualifié de léger, modéré ou sévère, en fonction du nombre de symptômes présents et de leur retentissement sur la vie quotidienne.
4.4 Différences entre TDAH et TDA :
Les personnes présentant un TDAH montrent souvent une atteinte plus marquée de la régulation émotionnelle. Leurs émotions peuvent être vécues de manière particulièrement intense : anxiété accrue, sentiment fréquent de rejet, difficultés à gérer la colère, hypersensibilité aux stimulations sensorielles, faible tolérance à la frustration ou encore passages rapides aux larmes. À l’inverse, les émotions positives telles que la joie ou l’enthousiasme peuvent également être ressenties de façon excessive.
5. Le diagnostic :
Le diagnostic du TDAH repose avant tout sur une évaluation clinique approfondie. Celle-ci vise à déterminer si l’enfant présente, depuis au moins six mois, des difficultés persistantes d’attention, des comportements impulsifs et/ou une agitation excessive. Ces manifestations doivent avoir un impact significatif sur son fonctionnement au quotidien.
L’évaluation est réalisée par un professionnel de santé spécialisé, tel qu’un pédopsychiatre, un neuropédiatre, un neurologue ou un pédiatre formé aux troubles du neurodéveloppement, et plus particulièrement au TDAH.
Le spécialiste procède à une anamnèse détaillée retraçant le développement de l’enfant depuis la naissance jusqu’à la période actuelle. Des outils d’évaluation standardisés, comme les questionnaires de Conners, sont également utilisés. Ces questionnaires sont complétés à la fois par les parents et par les enseignants afin d’obtenir une vision globale du comportement de l’enfant dans différents contextes.
6. La prise en charge du TDAH :
La prise en charge du TDAH repose sur une approche pluridisciplinaire et coordonnée. Elle associe généralement différentes formes de rééducation, telles que l’orthophonie, la psychomotricité, la remédiation cognitive ou encore les groupes d’habiletés sociales, ainsi que des suivis psychothérapeutiques. Ces thérapies peuvent être de type cognitivo-comportemental, individuelles ou collectives, et s’adresser aussi bien à l’enfant qu’à sa famille.
Les interventions sont adaptées aux difficultés spécifiques de la personne et aux éventuelles comorbidités, c’est-à-dire aux troubles fréquemment associés au TDAH, comme les troubles des apprentissages, les troubles du spectre de l’autisme, l’anxiété ou encore les troubles du sommeil.
Un accompagnement parental peut également être proposé afin d’aider les parents à mieux gérer les situations du quotidien à la maison. Des programmes spécifiques, tels que le programme PEHP-Barkley, offrent des outils concrets pour comprendre le fonctionnement de l’enfant et l’accompagner de manière adaptée.
Par ailleurs, des aménagements scolaires peuvent être mis en place à l’école afin de faciliter les apprentissages. Dans certains cas, un traitement médicamenteux peut également être envisagé, en complément des autres prises en charge.
Conclusion :
« Le TDAH, c’est quelque chose qui peut être difficile à vivre pour soi, mais aussi pour les personnes de l’entourage. »
Bien comprendre le trouble est indispensable pour tous.
J’espère que cet article vous permettra de mieux comprendre le TDAH.
Bien à vous,
Aurélie, Maman e(s)t Psychomot.
